Canard et boîte à sardines

Cela se passait mercredi dans le métro. Moi j’aime le mercredi, jour du Canard enchaîné, du Charlie et des programmes ciné. A l’heure où le métro se fait grossiste en sardines, je monte dans ma rame (rame à barque à sardines) et, aubaine, je trouve une place libre dans les banquettes (barquettes) à quatre.

Je sors mon Canard et commence ma lecture par le Journal de Carla B, je commence toujours par là, pas vous ?

Je lève la tête et que vois-je ? O doux pays de France ! Sur les quatre passagers en vis-à-vis que nous sommes, trois lisent le Canard et le quatrième le Monde. Le lecteur du Monde a une tête de lecteur du Monde, rien à signaler. Pour moi, j’ignore si j’ai une tête à lire le Canard, disons que je fais de mon mieux. L’un de mes deux coéquipiers en Volatile est un type massif aux mains robustes.  L’autre, en face de moi, est noir - un black comme il faut dire - qui ne respire pas l’aisance matérielle. Nous sommes tous trois plongés dans notre lecture, chacun à une page différente, je le note voyez-vous, car elles ne sont guère nombreuses les pages du Canard. Bref, je trouve ce minuscule hasard assez drôle et je regarde en souriant mes compagnons de voyage, prête à commenter notre plaisir commun du mercredi. Las, pas l’ombre d’un sourire, pas le moindre regard, on lit à guichet fermé. Pourtant c’est plutôt chouette, non, un petit échange de regard et de sourire entre voisins de wagon ? Et bien, eux ça ne leur dit rien du tout, ou alors la lecture du Canard est un truc bien trop sérieux pour se livrer à une quelconque manifestation de pseudo connivence. Peut-être qu’ils sont juste trop fatigués.

Tant pis. Pas de solidarité des canards, contentons-nous des sardines.

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